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du film de Françoise Romand "Si toi aussi tu m'abandonnes" version non censurée
Historique de cette sale histoire : dans la presse
Le blog de Jean-Jacques Birgé et ce site qui révèle deux études de France Télévision : Charlie-Hebdo 29 août 2007 |
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Françoise ROMAND Paris, le 25 juillet 2003 Concerne : Documentaire – Si toi aussi tu m’abandonnes |
Lettre de Monsieur Moati à Françoise ROMAND Chère Madame, Je fais suite à notre conversation téléphonique concernant le documentaire intitulé « SI TOI AUSSI TU M’ABANDONNES » et vous confirme mes propos qui sont les suivants : Je suis d’accord avec vous, le débat ne doit pas être passionné, il ne l’est d’ailleurs pas de mon coté. La sérénité n’empêchant cependant pas la critique, je vous confirme mon refus, ainsi que celui du diffuseur, du film tel que vous nous l’avez proposé. Je vous rappelle qu’aux termes de l’article 1.2 de votre contrat signé en date du 28 février 2003, vous vous êtes engagée « à procéder aux remaniements et modifications demandés par le Producteur en raison des exigences de la production et des contraintes des partenaires du Producteur ». Il convient donc de compléter votre travail en, notamment, supprimant des séquences graphiques dites imaginaires, en recherchant des compléments d’informations de nature à éclairer la situation des adoptés internationaux (intervention de personnes ayant vécus des histoires similaires …) , et en intégrant un commentaire explicatif. Il est essentiel d’intégrer dans ce film des contre-champs. Vos remaniements doivent absolument apporter au film une dimension plus directement fraternelle et plus simplement émouvante. La situation des adoptés internationaux doit donc être présentée de façon plus claire et plus simple. Ce documentaire ne doit, en aucune manière, être interprété comme un film « à charge » contre des parents qui ne souhaitent pas témoigner. Des jours de tournages sont donc encore nécessaires alors que, je vous le rappelle, vous êtes déjà en retard sur les délais d’exécution prévus au contrat, ce qui nous place dans l’impossibilité de respecter nos engagements par rapport au diffuseur. Cette situation doit être réglée au plus vite. Ainsi et au vu de ce qui précède, je vous demande d’adresser à ma collaboratrice, Christilla Huillard Kann, avant le 18 août, des propositions concrètes de modifications et ce en concertation avec l’auteur du projet documentaire, Philippe Demenet, propositions qu’elle me soumettra, étant précisé que le tournage des scènes complémentaires devra s’achever avant le 25 août prochain. Ces délais sont impératifs et je souhaite que vous les respectiez. Par ailleurs, je viens d’apprendre que vous refusiez de rendre le matériel mis à votre disposition temporairement par IMAGE ET COMPAGNIE tant que figurera la mention « règlement par chèque à l’acceptation du film par le producteur et le diffuseur » sur les bons de commande du musicien et du graphiste. Cette situation est inadmissible, non seulement ce matériel ne vous appartient pas, mais les bons de commande que nous adressons à nos fournisseurs, tiers par rapports à nos rapports contractuels, ne vous concernent pas. Je vous mets donc par la présente en demeure de le restituer avant votre départ en vacances. A défaut nous prendrons toutes les mesures nécessaires à la sauvegarde de nos intérêts. Je vous prie de croire, Chère Madame, en l’assurance de mes sincères salutations. Serge MOATICopie : Marie DEMEUSE – France 3 Philippe DEMENET |
Réponse de Françoise Romand à Monsieur Moati 3 pages Recommandé A.R. Serge MOATI Image & Compagnie 8 place Boulnois 75017 Paris La Ciotat, le 8 août 2003 Concerne : Film – Si toi aussi tu m’abandonnes |
Réponse de Françoise Romand à Monsieur Moati Cher Monsieur, la surprenante directivité de votre lettre et son agressivité déplacée réclament une réponse circonstanciée. Que cherchez-vous en m’intimant des ordres sous le prétexte que mon traitement du sujet vous déplaît aujourd’hui, comme par hasard après le refus du film par Marie Demeuse ? Vous l’aviez apprécié lors de la précédente projection, et surtout vous aviez lu, il y a quelques mois, ma note d’intention à laquelle je vous renvoie et dont je citerai ici un extrait : « … introduire, dans le film, des saynètes de fiction pour amplifier les visions de chacun et mettre à nu le fossé d’incompréhension qui s’est creusé. Exemple : José par son énergie, sa rage intérieure, étant le personnage le plus bouleversant, on fera vivre, par la fiction, son parcours d’enfant tel qu’il se l’imagine, avec les visions violentes de sa vie en Colombie. D’autres passages, rejoués, aideront à la compréhension des parcours de nos personnages. Ils aideront aussi à comprendre que chacun s’est construit une histoire, un personnage, dans la souffrance… » Je ne pense pas à avoir failli à mon rôle d’auteur-réalisateur . Quant à votre rôle de producteur, je vous laisse la parole dans l’entretien que vous avez donné au Film Français paru le 12 avril 2002 : « Un producteur, même soumis à la forte pression des chaînes doit pouvoir se battre pour conforter ses troupes et défendre les talents. Il est capital pour moi de ne jamais se désolidariser dans l’échec. C’est une des vertus d’Image & Compagnie : les gens qui entrent chez nous savent qu’on les défendra bec et ongles. Car je crois que la création, ce passager clandestin du paquebot télévision, est plus que jamais un exercice incertain. ». Voici la sérénité dont vous vous réclamez et que j’attends de vous. Les deux producteurs successifs qui se sont occupés de ce projet depuis deux ans ont brutalement disparu, l’un après l’autre, d’Image & Compagnie. Sans continuité dans la production, il eut peut-être été préférable que nous nous rencontrions plus tôt. Quant aux termes de l’article 1.2 du contrat en date du 28 février 2003 qui stipulent que le réalisateur s’engage « à procéder aux remaniements et modifications demandés par le Producteur en raison des exigences de la production et des contraintes des partenaires du Producteur », ignorez-vous qu’en France, pays de l’exception culturelle, le droit moral du réalisateur reste inaliénable ? Dans notre dernier entretien téléphonique, où vous étiez nettement plus cordial, j’ai apprécié vos critiques et exprimé mon désir d’y réagir avec le recul qui s’imposait. Dans votre lettre, en m’ordonnant, carrément, de supprimer des séquences graphiques dites imaginaires, d’ajouter des compléments d’informations de nature à éclairer la situation des adoptés internationaux (intervention de personnes ayant vécu des histoires similaires…), et, plus surréaliste encore, d’ajouter un commentaire explicatif, vous outrepassez votre rôle de producteur en prenant la place du réalisateur. Depuis trente ans que je fais des films, et depuis le premier, j’ai un style, un regard, une morale qui ne peuvent supporter certains effets qui ne sont pas les miens, tels le commentaire ajouté ou la tentation illusoire et démagogique de l’universalité. Ce travail s’inscrit parfaitement dans la continuité d’une œuvre que vous ne pouvez ignorer. En cela je vous renvoie à mes précédents films qui obéissent tous à des choix, des règles, des modes de traitement qui me sont propres et auxquels je n’ai jamais dérogé. D’autre part, ni Philippe Demenet ni moi-même n’avons jamais conçu ce documentaire comme un film « à charge » contre des parents qui ne souhaitent pas témoigner. C’est la loi passionnante du genre documentaire, l’imprévu révélateur : José, face au refus de ses parents, subit leur abandon devant la caméra. Et pour moi, l’émotion ne se mesure pas aux larmes des spectateurs. Je suis choquée que vous m’accusiez d’être « déjà en retard sur les délais d’exécution » alors que j’étais prête pour la date imposée du mixage le 18 juillet. En revanche, votre production est en retard de paiement pour l’échéance de fin de tournage stipulée dans mon contrat. Cette situation doit être réglée au plus vite, là je suis bien d’accord avec vous. Ce n’est pas une raison pour revenir sur les délais dont nous avons ensemble convenu lors de notre dernier entretien téléphonique. Je vous ai dit, alors, que je rentrais à Paris le 25 août. Vous continuez à précipiter le travail. En ce qui concerne mes collaborateurs : si le compositeur de la musique et de la partition sonore, Jean-Jacques Birgé, et le créateur des animations, Nicolas Clauss, ont accepté de travailler dans des délais exceptionnels et pour des sommes nettement en dessous de celles qu’ils pratiquent habituellement, c’est qu’ils l’ont fait par sympathie à mon égard. Je me sens donc responsable des accords non tenus par Philippe Nicolas en ma présence. Lorsque, le 30 juin, Jean-Jacques Birgé et Nicolas Clauss ont demandé un contrat, Philippe Nicolas leur a répondu qu’il n’était pas utile puisqu’il renverrait les deux chèques par retour du courrier à réception de leurs factures. Malgré cela et en l’absence de bons de commande, mes collaborateurs n’ont pas voulu pénaliser le film en les attendant et ils ont terminé leur travail dans les délais exigés. Nicolas Clauss a envoyé sa facture le 4 juillet et Jean-Jacques Birgé, via l’A.P.R.E., le 17 juillet. Or nul paiement ne leur a été adressé. Bien au contraire, les bons de commande ont étrangement fait leur apparition datés du 24 juillet, augmentés de la mention tout à fait scandaleuse : « règlement par chèque à l’acceptation du film par le producteur et le diffuseur ». En quoi cela leur incombe-t-il ? Payez-vous les salaires du reste de mon équipe de cette façon, à acceptation par le diffuseur ? Ou bien, est-ce une façon de faire pression sur mon travail de création, sachant justement que je me sens redevable vis à vis de tous mes collaborateurs ? De plus, comment puis-je avoir dorénavant confiance en le paiement de ces travaux alors que les engagements à leur égard ne sont pas honorés de la part d’Image & Compagnie qui, par ailleurs, avait également promis de payer à l’équipe de tournage le jour du 8 mai comme férié, ou les dimanches du monteur qui devait terminer pour la date de mixage du 18 juillet ? Lorsque enfin vous me mettez en demeure de restituer le matériel avant mon départ en vacances ou qu’à défaut vous prendrez toutes les mesures nécessaires à la sauvegarde de vos intérêts, vos allégations deviennent proprement diffamatoires. J’ai immédiatement fait ramener le lecteur dv que vous m’aviez prêté (comme j’ai moi-même prêté gracieusement à la production ma salle de montage pendant deux mois) dès que votre collaboratrice, Christilla Huillard Kahn, me l’a demandé, pour ne pas gêner d’autres productions en cours. Je tiens à terminer le film dans les conditions où je l’ai commencé, et ce, avec la conviction que les derniers remaniements permettront à chacun de s’y retrouver, tant le diffuseur, le producteur que les auteurs, Philippe Demenet et moi-même. Pour que nous puissions continuer à travailler en toute sérénité, je vous demande donc instamment d’honorer les engagements faits au musicien, au graphiste et à mon équipe technique et de me régler également l’échéance de fin de tournage. Je m’engage de mon côté à terminer le film en l’améliorant après mûres réflexions inspirées par vos critiques et celles de Marie Demeuse, dans les plus brefs délais, à partir du 25 août, ce qui évidemment me tient à cœur. Je vous prie de croire, cher Monsieur, en l’assurance de mes sincères salutations. Françoise ROMANDCopie : Marie DEMEUSE – France 3 Philippe DEMENET
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Lettre de fin de montage septembre 2003 Françoise ROMAND Recommandé A.R. Serge MOATI Image & Compagnie 8 place Boulnois 75017 Paris Paris, le 3 septembre 2003 Concerne : Film – Si toi aussi tu m’abandonnes |
Cher Monsieur, dans ma lettre du 8 août, je m’étais engagée à terminer le film « si toi aussi tu m’abandonnes » dans les plus brefs délais, à partir du 25 août. C’est chose faite, et je vous ai rendu le film terminé le 2 septembre 2003, avec les rushes et les deux disques durs. Comme vous étiez absent aujourd’hui de la réunion de production, je vous confirme que le film est fini. J’ai déposé une copie du film à la SCAM dont j’ai contacté le service juridique et rencontré mon syndicat afin qu’il soit bien entendu que Image et Compagnie ne peut pas remanier le film sans mon accord. Je vous rappelle que, de votre côté, mon contrat n’a pas été honoré, et qu’il vous reste à payer les 50% dûs à Nicolas Clauss et Jean-Jacques Birgé, pour leurs travaux respectifs d’animation et de composition musicale. Je vous prie de croire, cher Monsieur, en l’assurance de mes sincères salutations. Françoise ROMANDCopies conformes Nicolas Mazars SCAM Jean-Jacques Birgé Nicolas Clauss Copie pour information Philippe Demenet |
Jugement rendu le 9 septembre 2005 |
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